Partie2: Les modifications intentionnelles

II- Les modifications intentionnelles : La falsification !

 

Les scribes chrétiens n’ont pas hésité à falsifier le texte du Nouveau Testament qu’ils copiaient. Cette falsification pouvait avoir plusieurs raisons. Nous allons citer les différentes raisons qui ont poussé les scribes chrétiens a falsifié le texte du Nouveau Testament en donnant des exemples précis de chacune d’elles.

Les modifications intentionnelles (falsification) sont les plus difficiles a identifiées car souvent elles semblent cohérentes contrairement aux modifications accidentelles.


« Les changements intentionnels de leur coté, ont tendance à être plus difficiles à identifier. Précisément parce que, étant réalisés de façon délibérée, ils peuvent paraître cohérents. Et vu qu’ils sont cohérents, il y aura toujours des critiques qui soutiennent qu’ils sont l’option la plus cohérente, c'est-à-dire qu’ils ne sont pas des modifications mais bien les mots originaux. Ceci n’est pas un débat entre des chercheurs qui croient que le texte fut modifié et ceux qui croient qu’il ne le fut pas. Tous les experts savent que le texte a été modifié, la seule chose à débattre et de savoir quelle option constitue une modification et laquelle au contraire peut être considérée la forme la plus ancienne du texte à notre disposition. À cet égard, il y a des moments où les opinions des chercheurs ne coïncident pas. » (Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman  Chapitre 3)

 

1- Falsification pour harmoniser

 

Certains scribes ont falsifié certains passages du Nouveau Testament pour les harmoniser.

« Depuis que les moines connaissent par cœur de grande portion des Saintes Écritures, la tentation d’harmoniser les citations parallèles et discordantes fut grande, proportionnellement au degré de familiarité du copiste avec d’autres passages de la Bible. »  (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp197 )

 

Jean 19 :20

« Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, parce que le lieu où Jésus fut crucifié était près de la ville: elle était en hébreu, en grec et en latin.

« “elle était en hébreu, en grec et en latin, a été introduite dans le texte de nombreux manuscrits dans Luc 23 :38 » »  (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp197 )

 

Luc 11 :2-4

« Il leur dit: Quand vous priez, dites: Père! Que ton nom soit sanctifié; que ton règne vienne. Donne-nous chaque jour notre pain quotidien; pardonne-nous nos péchés, car nous aussi nous pardonnons à quiconque nous offense; et ne nous induis pas en tentation. »

 

« La forme, plus courte, de la prière du Seigneur (Notre Père) dans Luc 11 :2-4 (Père! Que ton nom soit sanctifié; que ton règne vienne. Donne-nous chaque jour notre pain quotidien; pardonne-nous nos péchés, car nous aussi nous pardonnons à quiconque nous offense; et ne nous induis pas en tentation) a été retouchée dans de nombreux exemplaires de Luc pour la mettre en accord avec la forme de Matthieu 11 :9-13, plus familière et plus longue »  (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp197 )

 

 

Actes 9 :5-6

 « Il répondit: Qui es-tu, Seigneur? Et le Seigneur dit: Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. Tremblant et saisi d'effroi, il dit: Seigneur, que veux-tu que je fasse? Et le Seigneur lui dit: Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire. »

 

« Dans Actes 9 :5-6, les paroles prononcées par Paul à sa conversion ont été retouchés dans certains manuscrits pour les mettre en accord avec le récit parallèle dans Actes 26 :14-15 »  (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp197 )

 

Matthieu 15 :8

« Ce peuple m'honore des lèvres, Mais son cœur est éloigné de moi. »

 

« La citation dans la version du Roi James (Texte Reçu)  " Ce peuple, s'approche de moi de sa bouche,"_citation qui ne se trouve pas dans les plus anciens manuscrits de Matthieu_ a été introduite dans des manuscrits tardifs par des scribes avertis qui ont comparé la citation avec sa forme complète dans la Septante en Esaïe 29 :13 » (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp198 )

 

Bible annotée de Neûchatel :

Le texte reçu, avec C et les majuscules, ajoute les mots : "s'approche de moi de sa bouche," qui sont bien dans Esaïe, mais que Jésus omet dans sa citation. Il en est de même dans Marc 7.6

 

Romain 13 :9

« En effet, les commandements: Tu ne commettras point d'adultère, tu ne tueras point, tu ne déroberas point, tu ne convoiteras point, et ceux qu'il peut encore y avoir, se résument dans cette parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

 

« Dans Romains 13 :9, la référence de Paul à quatre des dix commandements a été élargie dans certains manuscrits par l’adition d’un autre : Tu ne porteras point de faux témoignage. » (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp198 )

 

Hébreux 12 :20

« car ils ne supportaient pas cette déclaration: Si même une bête touche la montagne, elle sera lapidée. »

 

 

« Dans Hébreux 12 :20, quelques témoignages élargissent la citation qui provient d’Exode 19 :13 : On ne mettra pas la main sur lui, mais on le lapidera, en ajoutant les mots qui suivent dans Exode : ou on le percera de flèches. (Comme on la trouve dans la version du Roi James) » (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp198 )

 

2- Corriger des erreurs et des difficultés historiques et géographiques

 

Les scribes chrétiens ont tenté à maintes reprises de corriger des passages qui contenaient des erreurs ou des difficultés historiques ou géographiques.

 

Marc 1 :2-3

« Selon ce qui est écrit dans Ésaïe, le prophète: Voici, j'envoie devant toi mon messager, Qui préparera ton chemin; C'est la voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers. »

 

« Le problème est que le début de la citation n’est pas du tout d’Esaïe, mais d’un mélange entre un passage d’Exode 23 :20 et un autre de Malachie 3 :1. Il y avait des scribes qui ont reconnu que ceci posait un problème et ont choisi de changer le texte de façon qu’ils disent : Selon ce qui est écrit dans les prophètes. De cette façon, le problème de l’attribution erronée de la citation disparaissait. Cependant, de nos jours, il y a peu de doutes sur ce que l’auteur de Marc a réellement écrit : l’attribution à Esaïe apparaît dans les témoignages les plus anciens et ceux de meilleure qualité qui ont été conservés. » » (Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman  Chapitre 3)


Bible Annotée de Neûchatel sur Marc 1.2

 

Le texte reçu, avec A et des majusc., porte ici dans les prophètes, contrairement aux témoignages les plus décisifs. C'est une correction très ancienne (Irénée l'a déjà), jugée nécessaire parce que l'évangéliste va citer deux prophètes. {#Mr 1:2,3} Faut-il, pour cela, lui attribuer un défaut de mémoire? Ne peut-on pas admettre que, ayant l'intention de citer la prophétie si connue d'Esaïe, il écrive d'abord le nom de ce prophète, puis que, se souvenant d'une autre prédiction qui convient également à son but, il cite cette dernière en premier lieu?

 

 

Marc 2 :20

« Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront en ce jour-là. »

 

 

  Bible Annotée de Neûchatel sur Marc 2.20 :

 

Mais il faut remarquer ce dernier mot de Marc: en ce jour-là.

Le texte reçu dit: en ces jours-là.

C'est la correction d'un copiste qui a voulu mettre ces mots en harmonie avec ceux qui précédent: les jours viendront.

Le vrai texte, en indiquant un jour précis, rappelle le tragique événement que Jésus vient d'annoncer: l'époux leur sera ôté.

"Il ne faut qu'un jour pour ôter l'époux; mais ils seront nombreux les jours où il sera ôté et absent." Bengel

 

Matthieu 27 :9

« Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète: Ils ont pris les trente pièces d'argent, la valeur de celui qui a été estimé, qu'on a estimé de la part des enfants d'Israël »

 

« Les citations qu’attribue Matthieu au prophète Jérémie proviennent en faite de Zacharie. Il n’est pas surprenant que quelques scribes aient cherché à réparer l’erreur, soit en substituant par le nom correct ou en omettant carrément le nom (Jérémie) »  (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp199 )

 

Bible Annotée de Neûchatel sur Matthieu 27.9 :

 

La citation qui suit ne se trouve point dans Jérémie, mais dans #Za 11:12,13.

Quelques minuscules ont corrigé cette faute en mettant le nom de Zacharie; d'autres portent simplement: le prophète; mais le nom de Jérémie est indubitablement authentique. Pour aplanir la difficulté, on a eu recours à diverses hypothèses sans valeur.

Il faut y voir une inadvertance, à laquelle un passage de Jérémie {#Jer 18:2} pouvait facilement donner lieu.

« Je confesse que je ne sais comment le nom de Jérémie s'est ici rencontré, et ne m'en tourmente pas fort. Certes la chose montre d'elle-même qu'on s'est abusé en mettant le nom de Jérémie pour Zacharie; car en Jérémie, on ne trouve point ce propos, ni chose qui en approche » (Calvin, cité en La Bible de Neûchatel sur Matthieu 27 :9)

 

Actes 13 :20

« Après cela, durant quatre cent cinquante ans environ, il leur donna des juges, jusqu'au prophète Samuel. »

 

Bible Annotée de Neûchatel sur Actes 13.20 :

 

Puis, en comptant environ quatre cent cinquante ans depuis l'établissement du peuple en Canaan jusqu'à Samuel inclusivement, il suit une chronologie généralement admise de son temps, car il est d'accord avec l'historien Josèphe. (Ant. VIII, 3, 1.) Selon l'auteur du livre des Rois, {#1Ro 6:1} quatre cent quatre-vingts ans s'étaient écoulés depuis la sortie d'Egypte jusqu'à la construction du temple par Salomon. Il y a dans ces évaluations un écart d'à peu près un siècle. Inutile de rapporter les divers calculs qui ont été faits pour rétablir l'harmonie. C'est probablement aussi le désir d'obvier à cette difficulté qui a donné lieu à une variante selon laquelle il faudrait construire ainsi #Ac 13:19,20 "Il leur donna le pays en héritage, environ quatre cent cinquante ans. Après cela, il leur donna des Juges." De cette manière, les quatre cent cinquante ans ne désigneraient pas la période des Juges, mais au contraire toute la période antérieure, pendant laquelle Dieu prépara l'établissement d'Israël en Canaan, période qui comprend les quatre cents ans de servitude en Egypte, {#Ac 7:6} les quarante ans de séjour dans le désert et une dizaine d'années qui furent employées à la conquête de Canaan. Bien que cette leçon se trouve dans Sin., B, A, C, versions, son authenticité est douteuse.

 


Jean 19 :14

« C'était la préparation de la Pâque, et environ la sixième heure. Pilate dit aux Juifs: Voici votre roi. »

 

« Quelque scribes ont tenté d’harmoniser le récit johannique de la chronologique de la Passion avec celui de Marc en changeant la sixième heure de Jean 19 :14 par la troisième heure (qui apparaît en Marc 15 :25) »  (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp199 )

 

Marc 8 :31

« Alors il commença à leur apprendre qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup, qu'il fût rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât trois jours après. »

 

« La déclaration de Marc 8 :31, que le Fils de l'homme souffrît beaucoup…qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât trois jours après semble impliquer une difficulté chronologique, certains copistes ont changé cette phrase par l’expression plus familière le troisième jour. »  (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp199 )

 

Hébreux 9 :2-4


« Un tabernacle fut, en effet, construit. Dans la partie antérieure, appelée le lieu saint, étaient le chandelier, la table, et les pains de proposition. Derrière le second voile se trouvait la partie du tabernacle appelée le saint des saints, renfermant l'autel d'or pour les parfums, et l'arche de l'alliance, entièrement recouverte d'or. Il y avait dans l'arche un vase d'or contenant la manne, la verge d'Aaron, qui avait fleuri, et les tables de l'alliance.»

 

« L’auteur de l’Epître aux hébreux place l’autel d’or pour les parfums dans le Saint des Saint, ce qui contredit la description du Tabernacle de l’Ancien Testament (Exode 30 :1-6). Les scribes du Codex Vaticanus et les traducteurs de la version éthiopienne ont corrigé ce récit ont transférant les mots vers 9 :2, ou le mobilier du lieu saint est détaillé. » (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp200 )

 

 

3- Amalgamer les lectures (Conflation of readings)

 

Quand les scribes avaient deux manuscrits qui portaient deux variantes de lecture sur un même verset, ils n’hésitaient pas à les amalgamer, c'est-à-dire à copier les deux variantes dans le même manuscrit. En voici des exemples :

 

Luc 24 :53

« et ils étaient continuellement dans le temple, louant et bénissant Dieu. »

 

« Par exemple, dans certains manuscrits anciens l’évangile selon Luc conclu en déclarant que les disciples ‘’…étaient continuellement dans le temple bénissant Dieu’’, tandis que d’autres manuscrits portent ‘’…étaient continuellement dans le temple louant Dieu’’. Plutôt que de discriminer entre les deux, des scribes tardifs ont décidé qu’il est plus sûr de copier les deux ensembles,  et ainsi, ils ont inventé la variante ‘’ étaient continuellement dans le temple, louant et bénissant Dieu.’’ » (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp200 )

 

Bible annotée de Neuchâtel :

- Ici encore, les critiques préfèrent la leçon de D et de l'Itala : louant ; car ce terme, comme le remarque M. Godet, "est un terme favori de Luc."

Sin. ; B, C lui ont substitué : bénissant. Le texte reçu, avec A, majuscules, combine les deux leçons : louant et bénissant.

 

Note : Ici encore nous ne pouvons plus connaître avec certitude le texte original : les disciples étaient-ils dans le temple en « Louant », en « Bénissant » ou en « Louant et bénissant » en même temps ? Que disait le texte original ?

 

Marc 13 :11

« Quand on vous emmènera pour vous livrer, ne vous inquiétez pas d'avance de ce que vous aurez à dire, mais dites ce qui vous sera donné à l'heure même; car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit Saint. »

 

« Dans des manuscrits anciens de Marc 13 :11 Jésus conseil à ses disciples de ne pas être ‘inquiets à l’avance’ (προμεριμντε) de ce qu’ils auront à dire quand ils seront persécutés. D’autres manuscrits de Marc portent ‘ne préméditez pas à l’avance’ (προμελεττε), qui est l’expression utilisée dans le passage parallèle de Luc 21 :14. Plutôt que de choisir entre ces deux verbes, plusieurs bons copistes de Marc donnent à leurs lecteurs le bénéfice des deux. » (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp200 )

 

Actes 20 :28

 « Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint Esprit vous a établis évêques, pour paître l'Église du Seigneur, qu'il s'est acquise par son propre sang. »

 

« Dans Actes 20 :28, les deux anciennes variantes  ‘l’Église de Dieu’ et ‘l’Église du Seigneur’ ont été amalgamés dans des manuscrits tardifs, en écrivant ‘l’Église du Seigneur et de Dieu’. »  (Bruce M. Metzger, The Text Of  The New Testament : Its Transmission, Corruption, and Restoration , Seconde Edition, Oxford 1968  pp200 )

 

Bible annotée de Neuchâtel :

- Ici se présente l'une des variantes les plus célèbres de tout le Nouveau Testament. Le texte reçu dit : l'Eglise de Dieu. Cette leçon a pour elle les deux plus anciens manuscrits, celui du Vatican et celui du Sinaï, onze minusc., plusieurs versions et plusieurs Pères de l'Eglise.

Bengel, qui admet cette variante, fait aussi observer que Paul n'écrit jamais l'Eglise du Seigneur, mais toujours (onze fois) l'Eglise de Dieu. Ce texte est adopté par Westcott et Mort, Weiss, Nestle. D'autre part, A, C, D et un autre majuscules, quatorze minusc., plusieurs versions orientales et de nombreux Pères portent l'Eglise du Seigneur, leçon admise par les critiques modernes Griesbach, Lachmann, Tischendorf, Blass. Enfin, quatre majuscules et une centaine de minusc. ont réuni les deux termes : du Seigneur et de Dieu, ce qui paraît n'être qu'une correction.

 

4- Falsifications pour des raisons théologiques

 

Au début du christianisme, il y avait plusieurs groupes chrétiens dont les croyances étaient opposées. L’historien et théologien Bart Ehrman nous dit par exemple :

 

« Quelques groupes chrétiens affirmaient que c’est Dieu qui a crée ce monde, d’autres affirmaient que le vrai Dieu ne l’avait pas créé : le monde selon eux était un lieu maléfique, résultat d’un désastre cosmique. Certains groupes affirmaient que les Écritures juives avaient été révélées par l’unique vrai Dieu, d’autres affirmaient que les Ecritures juives étaient l’œuvre du Dieu inférieur adoré par les juifs et que celui là n’était pas l’unique vrai Dieu. Certains groupes affirmaient que Jésus-Christ était le Fils de Dieu, complètement divin et complètement humain en même temps, d’autres croyaient qu’il était complètement divin mais pas du tout humain, d’autres affirmaient même que Jésus-Christ était deux : un être divin (Christ) et un être humain (Jésus). Certains groupes pensaient que la mort du Christ avait apporté le Salut au monde, d’autres que la mort de Jésus n’avait aucune relation avec le Salut de ce monde, et d’autres que Christ n’avait jamais été tué. » (Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman  Chapitre 6)

 

La concurrence entre ces groupes chrétiens était grande, ceci a poussé certains scribes chrétiens à falsifier le texte du Nouveau Testament pour favoriser leurs dogmes. Nous pouvons prendre pleins d’exemples pour illustrer ce fait, mais pour simplifier nous allons nous baser uniquement sur les falsifications anti-adoptianistes. Mais d’abord qui sont les adoptianistes ?  

Les adoptianistes étaient des chrétiens qui ne croyaient pas en la divinité du Christ, pour eux Jésus n’était qu’un humain, un prophète de Dieu comme les autres prophètes qui l’ont précédé.   

Certains scribes chrétiens, qui croyaient que Jésus était divin, étaient souvent frustrés de ne pas trouver de passages clairs dans le Nouveau Testament qui confirmeraient cette croyance. Ceci les a donc poussé à falsifier le texte du Nouveau Testament pour que la divinité du Christ y soit clairement affirmée.

 

Bart Ehrman nous dit dans son livre « Misquoting Jesus »:

 

 « Le premier aspect du débat que nous examinerons est la croyance, défendue par certains chrétiens, selon laquelle Jésus était tellement et pleinement humain qu’il ne pouvait être divin. Ceci était le point de vue d’un groupe de croyants que les chercheurs contemporains appellent ‘les adoptianistes’.  Mon argument est que les scribes chrétiens qui s’opposaient à la vision adoptianiste de Jésus ont modifié leur texte pour souligner le fait que celui là n’était pas simplement humain mais aussi divin. Le résultat de cela a été ce qu’on peut appeler les falsifications anti-adoptianistes des Écritures. » (Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman  Chapitre 6)

 

Voici des exemples de falsifications anti-adoptianistes :


 

Matthieu 24.36

« Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. »


La Bible Annotée de Naûchatel


La plupart des critiques admettent dans notre texte les mots: ni le Fils, qui se lisent dans Sin., B, D, l'Itala et quelques Pères. Cette expression, par laquelle le Fils s'exclut lui-même de la connaissance du jour et de l'heure du jugement dernier, se trouve incontestée dans Marc. {#Mr 13:32, voir la note.} On objecte à son authenticité dans Matthieu, qu'elle aurait été ajoutée pour rendre le texte de celui-ci conforme au texte de Marc, mais on peut supposer avec autant de vraisemblance, qu'elle a été retranchée dans un intérêt dogmatique, il faut reconnaître du reste que l'idée se trouve implicitement dans ces termes: le Père seul.

 

La Bible de Jérusalem : 


k) Om (Vulg.) : "ni le Fils", sans doute par scrupule théologique

Notes de la Bible de Jérusalem sur Matthieu 24.36, page 1720.

 

 

1 Timothée 3 :16

« Et, sans contredit, le mystère de la piété est grand: celui qui a été manifesté en chair, justifié par l'Esprit, vu des anges, prêché aux Gentils, cru dans le monde, élevé dans la gloire. »

 

« …dans un Timothée 3 :16, ou plusieurs manuscrit tardives se réfèrent au Christ comme ‘Dieu qui a été manifesté en chair’, cet ancien manuscrit (Codex Alexandrinus : actuellement dans la bibliothèque britannique) parlait par contre du Christ comme ‘celui qui a été manifesté en chair’. En grec ce changement est minime, il s’agit en faite de la différence entre un Zêta et un omicron, deux lettres très ressemblantes. 

Un scribe avait falsifié le texte original pour qu’il dise ‘Dieu’ au lieu de ‘celui’ (qui a été manifesté en chair) » (Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman  Chapitre 6)

 

La Bible annotée de Neuchâtel :

 

« Avant d'expliquer ce passage important (voir la note suivante), il faut remarquer qu'il présente trois variantes qui ont beaucoup occupé la critique : la première, celle du texte reçu, porte : "Dieu manifesté en chair ;" la seconde s'exprime ainsi : "Celui qui a été manifesté en chair..."…

Enfin, la troisième variante donnerait cette construction à la phrase entière : "Grand est le mystère de piété qui a été manifesté en chair." Cette dernière leçon, bien qu'elle soit adoptée par la Vulgate, n'a pas pour elle les témoignages des manuscrits et des Pères. Elle ne facilite pas l'explication du passage ; elle l'obscurcit au contraire.

Les deux premières variantes, qui seules méritent considération, se partagent les témoignages d'une manière à peu près égale. Les critiques les plus célèbres, Wettstein, Griesbach, Lachmann, Tischendorf se déclarent pour la seconde.

Après tous les travaux de la critique sur ce passage, la question reste forcément indécise.

Pour comprendre comment ces deux leçons, Dieu et Celui, ont pu surgir, il suffit de rappeler qu'en grec Dieu (Theos) s'écrit ainsi "0ç" en abrégé et que le pronom Celui s'écrit "Oç," deux signes extrêmement sembalbles. » (Bible annotée sur 1 Timothée 3 :16)  

 

Jean 1:18

 « Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître. »

 

« Une corruption comparable apparaît dans le prologue du quatrième évangile, bien que la question est ici beaucoup plus complexe et a suscité considérablement plus de débat et d’indécision. Je ne donnerais pas une étude exhaustive de toutes les questions qui tournent autour du texte de Jean 1 :18, ces dernières ont été largement traitées dans les commentaires et dans plusieurs études récentes. Je vais plutôt développer les raisons qui me fond penser que la majorité des manuscrits ont raison en concluant le prologue avec les mots ‘Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique (ό μονογενής υίός), qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître.’ La variante de lecture de la tradition alexandrine, qui substitue ‘Dieu’ à la place de ‘Fils’, représente une corruption orthodoxe du texte dans lequel la complète divinité du Christ a été affirmée : le Dieu Unique’  [(ό) μονογενής 0εός] qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître. » (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp78)

 

La Bible annotée de Neuchâtel :

 

- Sin., B, C portent : "le Dieu Fils unique qui est dans le sein du Père." Cette variante a donné lieu à de savantes discussions, desquelles il résulte que les deux leçons existaient déjà au deuxième siècle.

La leçon : le Dieu Fils unique, est attestée par les Pères alexandrins à peu près exclusivement. Elle ne trouve son analogue dans aucun texte du Nouveau Testament.

 

 

Jean 19 :40

« Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c'est la coutume d'ensevelir chez les Juifs. »

 

« Les autres exemples qui proviennent du corpus johannique comprennent l’exemple curieux de Jean 19 :40, ou Joseph d'Arimathée et Nicodème préparent le corps de Jésus pour l’enterrement : ‘Ils prirent donc le corps de Jésus (τό σωμα του Ίησου), et l'enveloppèrent de bandes. Le scribe du codex Alexandrinus, peut être par inadvertance, mais pas sans conséquence, substitue  θεου par Ίησου (as nomina sacra, ΘΥ for ΙΥ) le résultat de ce changement et qu’ils (Joseph et Nicodème) ‘prirent donc le corps de Dieu, et l'enveloppèrent de bandes’. » (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp83)

 

 

Luc 9 :20

« Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis? Pierre répondit: Le Christ de Dieu. »

 

« Quand Pierre formule sa fameuse confession dans Luc 9 :20, plutôt que de reconnaître Jésus comme le Christ de Dieu’ (τόν χριστόν του θεου), dans certains manuscrits coptes il (Pierre) prétend qu’il est Christ, Dieu’ (= τόν χριστόν τόν θεόν). »  (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp85)

 

 

Marc 3 :11

 « Les esprits impurs, quand ils le voyaient, se prosternaient devant lui, et s'écriaient: Tu es le Fils de Dieu. »

 

« Dans Marc 3 :11, ou les esprits impurs proclament l’identité de Jésus, ‘Tu es le Fils de Dieu’, un important manuscrit parmi les minuscules dit ‘Tu es Dieu, le Fils de Dieu’  (σύ εί ό θεός, ό υίός του θεου, MS 69). » (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp85)

  

 

Luc 7 :9

« Lorsque Jésus entendit ces paroles, il admira le centenier, et, se tournant vers la foule qui le suivait, il dit: Je vous le dis, même en Israël je n'ai pas trouvé une aussi grande foi. »

 

«La déclaration de Luc 7 :9, ‘Lorsque Jésus entendit ces paroles’ a été changée dans un minuscule pour dire ‘Lorsque Dieu entendit ces paroles’ » (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp85)

 

 

Luc 8 :28

« Ayant vu Jésus, il poussa un cri, se jeta à ses pieds, et dit d'une voix forte: Qu'y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très Haut? Je t'en supplie, ne me tourmente pas. »

 

« De la même façon, le manuscrit 2766 change les mots du possédé dans Luc 8 :28 de ‘Jésus, Fils du Dieu Très Haut’ en ‘Jésus, le Dieu Très Haut’ » (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp85)

 

 

Luc 8 :40

« A son retour, Jésus fut reçu par la foule, car tous l'attendaient. »

 

« Dans Luc 8 :40, ou la foule reçoit Jésus après l’avoir attendu, la première main du Codex Sinaïticus dit ‘ Ils le reçurent parce qu’ils attendaient tous Dieu’ (τόν θεόν for αύτόν). » (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp85)

 

 

Luc 20 : 42

« David lui-même dit dans le livre des Psaumes: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite »

 

« Dans la citation du Psaume 110 dans Luc 20 :42, le texte du Diatessaron Perse a été changé pour qu’il ne dise pas ‘Le Seigneur a dit à mon Seigneur’  mais plutôt ‘ Dieu a dit à mon Dieu’. » (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp85)

 

  

2 Pierre 1 :2

« que la grâce et la paix vous soient multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur! »

 

« Un exemple surprenant se produit dans la salutation de 2 Pierre 1 :2 : ‘que la grâce et la paix vous soient multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur!’. P72 omet la conjonction ‘et’ (καί), conduisant à l’identification de Jésus comme Dieu : ‘par la connaissance de Dieu, Jésus notre Seigneur!’. Le fait que cette omission ne soit pas un accident est confirmé par les modifications similaires qui se trouvent dans d’autres manuscrits. » (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp85)

 

 

Jude 1 :5

« Je veux vous rappeler, à vous qui savez fort bien toutes ces choses, que le Seigneur, après avoir sauvé le peuple et l'avoir tiré du pays d'Égypte, fit ensuite périr les incrédules »

 

 « De même, dans Jude 1 :5, les manuscrits varient quant à savoir si c’est le ‘Seigneur’ (la majorité des manuscrits),  ‘Jésus’ (A B 33 81 1241 1739 1881) ou ‘Dieu’ (C2 623 vgms) qui sauve le peuple et le tire du pays d’Égypte. » (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp85-86)

 

La Bible annotée de Neuchâtel :

 

« … B. A, minusc., versions ont Jésus, au lieu de le Seigneur. » (Bible annotée de Neuchâtel sur Jude 1 :5)

 

 

Gallates 2 :20

« J'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. »

 

 

« Dans le corpus Paulien nous trouvons une variation de ce genre qui est particulièrement intéressante et qui mérite une discussion plus approfondie. Dans Gallates 2 :20 Paul formule sa fameuse déclaration : ‘je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi.’  Cependant, dans un nombre important d’anciens et significatifs témoins textuels (manuscrits),  la phrase a été changée de ‘au Fils de Dieu’  à  ‘au Dieu (et/même) Christ’ (τη του Θεου καί Χριστου; MSS p46 B D F G) ». (Bart Ehrman, The Orthodoxe Corruption of Scripture, pp86)


 

Tous ces exemples que nous venons de citer prouvent de façon incontestable que les scribes chrétiens ont bien falsifié volontairement le texte du Nouveau Testament. Défendre des positions théologiques, corriger des erreurs historiques ou géographiques, harmoniser des contradictions, etc. Il y a beaucoup de facteurs qui les ont poussés à agir ainsi.

Dans certains passages, nous ne pouvons plus connaître avec exactitude que disait le texte original.


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